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dimanche 16 décembre 2012

En grec, la Greece ce dit hélas...



Prix spécial du jury 2011 du Festival d’Angoulême  : Asterios Ployp (Casterman), par David Mazzucchelli.
 Fin 2010 et pendant tout 2011 on vous a rabâché les oreilles avec l'inégalable Asterios Polyp (toujours dispo en V.O et en V.F à la librairie.) Pour noël 2012, on se rend compte que des personnes n'ont toujours pas lu Asterios polyp.


Asterios Polyp est un professeur d'architecture. Il est doué, rationnel et a une grande faculté, il retient très vite ce qu'il lit. Seul le jour de son 50e anniversaire dans son appartement, celui-ci prend feu suite à un orage. Contraint de le quitter, Asterios décide alors de s'en aller là où son argent en poche pourra l'emmener et de changer de vie. Le professeur trouvera au terminus de son voyage un garage automobile. Ici commence sa nouvelle vie...



Asterios Polyp de David Mazzuccheli narre la nouvelle vie de ce professeur d'architecture divorcé de 50ans. Le livre commence à l'incendie de son appartement et se succède énormément de flash-back et de rêves permettant le changement de chapitres.
Le caractère des dialogues change selon la personne ; Asterios a un caractère assez gros, la bulle est bien carré, on sent ce coté sûr et imposant. Au contraire, une femme un peu réservée aura une bulle très ronde, au petit caractère. Asterios Polyp fonctionne avec de nombreuses formes et de couleurs. Un personnage qui s'énerve passera tout de suite dans un dessin brouillon et une couleur rouge vif. Les flash-back eux, seront dans un bleu clair, tandis que le présent sera jaune.


En avis personnel, ce roman graphique sort grandement du lot, pas de super-vilains ni de pouvoirs, on rentre là dans un livre de la vie et de la philosophie humaine. Les regrets, le mariage, l'égoïsme, le bonheur, le travail, la jalousie, la religion,... tous ces facteurs sont mis en avant et c'est ce qui rend ce livre si véridique. Mazzuccheli a vraiment usé de ses plus grands talents pour ce réel chef d'oeuvre. On voit vite au travers de flash-back qu'Asterios va réaliser combien Hana, son ex-femme comptait pour lui ; et c'est ce qui touche le lecteur. On est envoûté par ce scénario étonnement poignant !

 La première question  est comment appréhender correctement ce livre considéré par Apo(K) Lyps comme le meilleur comic-book de la décennie ?
C'est définitivement une œuvre d'une intelligence littéraire remarquable, pleine de symbolisme et d'allusions, mise en forme de façon exceptionnelle pour aboutir à une histoire fascinante.
 L'objet est en soi intimidant et l'on se demande comment rendre compte clairement et simplement de sa richesse, sans pour autant le décrire comme un livre élitiste, réservé à des initiés.


Cette histoire semble fort banale, mais c'est son exécution qui transforme ce comic-book en une oeuvre totalement exceptionnelle.
Mazzucchelli va en effet employer tout son art, déployer toute son imagination, user de toute une palette d'astuces visuelles et narratives pour relater cette intrigue et en faire une bande dessinée atypique et sensationnelle, à la fois drôle et poignante, profonde et légère. Une histoire qui ne pouvait littéralement être racontée que sous cette forme-là, celle des comics, qui est à la fois exigeante et exaltante, une expérience unique.

Parmi les astuces utilisées par l'auteur, on notera d'emblée que chaque personnage est dessiné dans un style spécifique, qui traduit à la fois sa personnalité et ses sentiments propres, de telle manière que son écriture et sa représentation sont indissociables et en font un être à part entière.
Cette idée simple produit un résultat fascinant et confère à l'ouvrage une densité hors du commun, lui permettant de développer une incroyable variété de styles et de techniques pour imager une quantité et une qualité fabuleuse de sentiments et d'émotions.

En termes purement narratif, l'effort de David Mazzucchelli ici n'a rien de vraiment spécial dans un premier temps : son propos peut être assimilé à celui de bien des films d'auteur indépendants, comme ces "road movies" où le héros, à la fois riche et désemparé, traverse le pays et durant son voyage va tirer un certain nombre d'enseignements sur lui-même, la vie, l'amour, etc. Tous ces ingrédients sont présents dans Asterios Polyp, mais c'est le propre des grands auteurs que de s'emparer de tels clichés pour créer une production qui les transcende.

Rare sont les titres qui obtiennent 9/10 et Astérios mérite un 9.75/10!