Central-Comics Paris
25 rue de L'Ambroisie
75012 Paris
tel: 0952782271
email: contact@central-comics.com

ouvert du lundi au samedi de 11h à 20h.
ouvert le dimanche de 12h à 19h30.

mercredi 29 août 2012

Les canadiens francophones sont parfois indiens.




















Louis Riel raconte avec un grand talent la surprenante et véridique histoire de l'insurrection d'une communauté de métis indiens dans les années 1870 au Canada. Louis Riel était le nom de l'un des leaders francophones de cette petite "colonie de la Rivière Rouge" (proche de la frontière des Etats-Unis et de l'actuelle capitale du Manitoba, Winnipeg) qui refusait d'être autoritairement intégrée à la collectivité des Etats du Canada sans quo'n la consulte de façon démocratique. Assez vite, ce mouvement d'opposition dégénère en rebellion armée et en conflit "ethnique" (anglophones contre francophones, sang-mêlés contre blancs de "souche") et la "croisade" de Louis Riel devient la dérive d'un homme à demi-fou. Arrêté par les autorités, il est pendu en 1885, et devient du même coup un symbole de l'oppression des anglophones sur toutes les minorités du Canada.







Louis « David » Riel (22 octobre 1844 – 16 novembre 1885) était un homme politique canadien, chef du peuple métis dans les Prairies canadiennes et fondateur de la province du Manitoba. Il a dirigé deux mouvements de résistance contre le gouvernement canadien dans le but de protéger les droits et la culture des Métis, alors que l'influence canadienne se faisait de plus en plus sentir dans les Territoires du Nord-Ouest.


La première révolte est la rébellion de la rivière Rouge, de 1869 à 1870. Le gouvernement provisoire, établi par Louis Riel, négocie finalement l'entrée de la province du Manitoba dans la Confédération canadienne. Riel doit cependant s'exiler aux États-Unis en raison de l'exécution de Thomas Scott pendant ces événements. Malgré cet exil, il est largement considéré comme le « Père du Manitoba ». Durant cette période, il est élu à trois reprises à la Chambre des communes du Canada, bien qu'il n'ait jamais pu occuper son siège. C'est là qu'il commence à souffrir de troubles mentaux par intermittence, notamment d'illusions mystiques lui dictant qu'il était prophète de son peuple et le fondateur d'une nouvelle chrétienté. Cette conviction réapparaît plus tard dans sa vie et influence très probablement son action.


Louis Riel revient en 1884 dans l'actuelle Saskatchewan pour présenter les doléances du peuple métis au gouvernement du Canada. Cette résistance dégénère en confrontation armée connue sous le nom de rébellion du Nord-Ouest. Celle-ci est écrasée et se conclut par l'arrestation, le procès puis la pendaison de Riel pour trahison. Jouissant d'un certain capital de sympathie dans les régions francophones du Canada, sa mort a des répercussions durables sur les relations entre la province du Québec et le Canada anglophone.








Trop souvent dans notre vision contemporaine franco-française du Canada, ce pays est partagé entre un territoire anglophone et francophone. Cette vision bipolaire ne rend pas honneur à ceux qui contribuèrent à bâtir la nation canadienne : les Metis de la province de Manitoba. A travers la biographie de celui qui s’insurgeât contre le despotisme de la nation Canadienne au XIXème siècle sur ces peuples autochtones, Chester Brown nous invite à découvrir une partie de l’histoire de ces résistants, descendants à la fois des Européens et des Amérindiens .






Inévitablement, l’européen ignore tout du martyr Louis Riel ; la distance, du continent américain au nôtre, exile cette figure de l’Histoire canadienne bien loin de nos préoccupations culturelles. La biographie dessinée par Chester Brown est donc l'opportunité de plonger dans un épisode occulté de la colonisation des Amériques : le massacre des métisses français-indiens dans un Canada encore sous tutelle anglaise. Si les malversations politiques, les fraudes et guerres de pouvoir, toutes les petites magouilles inhumaines à jamais indissociables de l’impérialisme sont évidemment conviées, l’abjection qu’elles déclenchent s’efface très vite au second plan, derrière la fascination pour l’imposante carrure du héros.






Louis Riel l’insurgé retrace la lutte de cet homme qui, refusant les traités iniques des canadiens anglophones, consacra sa vie à défendre les terres de ses ancêtres, descendants des premiers colons européens ayant trouvé une certaine harmonie en s’étant mêlés aux amérindiens. La suite des évènements décrits dans cette bande dessinée couvre seize années de résistance, ponctuées de luttes armées et de périodes d’exiles, la brièveté des premières étant inversement proportionnelles à la longueur des secondes, l’insurrection à son prix.






Né en 1960 près de Châteauguay au Canada, Chester Brown publie son premier strip à l'âge de 12 ans dans le St Lawrence Sun. Il vend hors-circuit sa première série de mini-comics acides Yummy Fur, avant de pouvoir vivre véritablement de son travail. Figure de la scène indépendante canadienne avec ses amis Seth et Joe Matt, il se fait connaître avec le personnage satirique d'Ed le Clown. Puis il s'engage dans des projets autobiographiques, acclamés par la critique : Le Play boy et je ne t'ai jamais aimé.

Chester Brown fait partie de cette génération d’auteurs (Seth , Joe Matt , Adrian Tomine , etc.) qui poursuivent la voie de l’underground du comics nord américain tracée par les Robert Crumb , Gilbert Shelton et tous les autres . Si le ton iconoclaste des aînés a laissé place à plus de gravité, il n’en garde pas moins cette envie de bousculer les lecteurs.






Chester Brown, auteur canadien mondialement reconnu pour ses récits autobiographiques pleins de pudeur et de retenue sort ici de son registre habituel pour verser dans le récit historique.



Chester Brown prouve si besoin était que le média bande dessinée se prête aussi au travail d'historien. Chester Brown ne fait rien d'autre en retraçant les aventures et la vie de Louis Riel, rebelle métisse francophone dans les prémices de la création du Canada. Le travail est fouillé, regorge de références et d'explications, qui rendent les événements accessibles pour le commun des mortels européens.
Brown se contente visiblement des faits le plus simplement possible, en tentant de ne pas prendre parti. Mais il ne faut pas s'y tromper. Les protagonistes en prennent pour leur grade. Que ce soit Riel lui-même de plus en plus aveuglé par le mysticisme ou le Premier ministre canadien McDonald, roublard et fin politique. L'apparente simplicité du récit est portée par un graphisme d'une grande pureté, avare de détails dans les plans rapprochés mais d'une précision qui confine à la miniature dans les plans larges.

Tout d’abord, la figure de Louis Riel gagne à être replacée dans l’ensemble de l’oeuvre de Chester Brown pour être déchiffrée. Pasteur raté dont le principal atout fut la maîtrise de la langue anglaise, homme cultivé et charismatique qui s’imposera peu à peu comme le leader de la révolte métisse, Louis Riel montre très tôt dans son parcours des signes troubles. Ses interprétations religieuses et sa rigueur outrancière ne sont pas sans rappeler Madame Brown, mère castratrice de l’auteur dans son Je ne t’ai jamais aimé autobiographique. Sa morale inflexible et son sens de la punition répondent en creux à la culpabilité de l’ado Chester, confessant dans la douleur ses branlettes devant les magazines érotiques Playboy.




Si, un peu perdu, on cherche en vain dans cet album, au-delà de son aspect graphique épuré, ce qui faisait la particularité des précédentes œuvres de l’auteur, il est difficile de nier la qualité historique et documentaire de l’ouvrage.





L’ouvrage pourra d’abord paraître quelque peu aride aux néophytes, car le style de Brown, évitant soigneusement tout effet dramatique artificiel ou spectaculaire, ne semble pas le plus à même de traduire en bande dessinée l’histoire d’un conflit fait de haine et de passions collective. Mais pour peu qu’on se laisse porter par l’intrigue, la fausse simplicité du style de Brown révèle petit à petit ses charmes. Son style en gaufrier, la bonhomie de ses personnages, la description pure et simple des actions rappellent la BD d’antan, quelque part entre les classiques du comics américain et les premiers albums d’Hergé.




Bibliographie non-exhaustive de Chester Brown :

Je ne t’ai jamais aimé

Le Playboy

Louis Riel l’insurgé

Pour aller plus loin :

Interview de Chester Brown sur du9


Vous avez lu et aimé ?

Une histoire populaire des Etats-Unis de 1492 à nos jours , de Howard Zinn et/ou son adaptation en BD intitulée Une histoire populaire de l’empire américain par Mike Konopacki.


Laurent