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samedi 14 novembre 2009

selection brunch manwha, suite et fin!

Le visiteur du sud 1&2
Oh Yeong Jin, technicien sud-coréen du bâtiment est envoyé en Corée du Nord pour installer des canalisations. Sur le chantier, le manque de moyens et l’organisation rigide de la vie quotidienne compliquent le travail. Dans les discussions, les questions politiques émergent parfois, mais rien ne doit remettre en cause l’idéologie d’état. Les échanges entre les Coréens du Nord et leur « visiteur du Sud » empruntent des chemins tortueux qui en deviennent comiques. Pourtant, malgré les différences culturelles et sociales entre nord-coréens et sud-coréens, le séjour de M. Oh laisse entrevoir bien des points communs.

Ce livre, publié en Corée du Sud par GCK Books en 2004, a été primé à plusieurs reprises :
2004 Best Planning, SICAF Award, Seoul
2004 Special Prize, Korean Comic Award, Seoul)
et vient de recevoir en France le Prix Asie-ACBD 2008 pour la traduction française aux éditions Flblb.

Le tome 1 du Visiteur du Sud, relatait l’arrivée, puis les premiers mois en Corée du Nord de Oh Yeong Jin, chef de chantier sud-coréen, envoyé de l’autre côté de la frontière pour installer des canalisations. Dans le tome 2, l’auteur se fait plus introspectif, et évoque même sa pratique du journal intime, tout en poursuivant son portrait de la Corée du Nord au quotidien. Sur le chantier, dans les champs, dans les bars, partout où la vie suit son petit bonhomme de chemin, malgré les contraintes imposées par le gouvernement, son trait expressif, proche du dessin de presse, souligne les incongruités et les décalages entre habitants du Nord et du Sud, autant que leurs points communs.
Les histoires dessinées sont entrecoupées de textes qui développent certains aspects historiques ou culturels.


Park Kun-woong a publié Fleur en 2002. Créateur de bandes dessinées impliqué dans de nombreux mouvements artistiques, il développe tout particulièrement le thème des traumatismes de l'histoire contemporaine de la Corée. Un premier tome muet, qui raconte l'occupation japonaise de la Corée. Deux autres consacrés à la guerre qui séparera le Nord du Sud, du point de vue d'un villageois torturé par les soldats du Sud à la recherche des communistes que, finalement, il ralliera. Imitant la gravure sur bois et l’estampe, Park Kun-Woong, 30 ans lors de la publication, signe une épopée majeure, pleine de vide et de sens. Un travail que le jeune auteur a mis cinq ans à réaliser dans un style expressionniste, mêlant originalité et puissance d’évocation rarement atteintes. Jaeng-tcho, le personnage principal, est maintenant un vieillard croupissant dans une geôle sans espoir et refusant de céder, même à la torture. Ses souvenirs représentent son unique refuge. Plus que l’histoire tourmentée du XXe siècle coréen, Fleur transcende par son style fragmenté la simple énumération tragique. Amour, amitié, trahison, violence inhumaine et imbécillité bien humaine, Jaeng-tcho invite à traverser sa vie, que ce soit sous l’occupation japonaise ou dans le camp des partisans du Nord, qu’il rejoint pour fuir la violence du Sud dont les soldats n’hésitent pas à anéantir des villages entiers ou à enfermer des peintres qui utilisent du rouge dans leurs toiles... Avec la vie comme seul objectif, le récit illustre à merveille la phrase de l’un des compagnons pour qui la plus belle des fleurs est celle «de l’espoir qui a surmonté toutes les souffrances pour voir le printemps». Une telle histoire, terrible et sensible où les «bons» et les «mauvais» ne sont pas clairement déterminés, était encore impensable il y a quelques années dans le Pays du Matin calme.

Peu après Fleur, le dessinateur Park Kun-Woong revient sur les tueries dont son peuple fut témoin au début des années cinquante, conflit fratricide diligenté par la politique néo-colonialiste américaine. Une guerre profondément ancrée dans l’inconscient collectif coréen et une Histoire manifestement tue pendant un long moment, comme en témoigne l’écart de plus de cinquante ans entre l’auteur et le dessinateur de ce livre. Plus accessible que Fleur, dont le premier tome, muet, a pu rebuter quelques lecteurs, Massacre au pont de No Gun Ri présente un historique détaillé de la guerre de Corée, tout en centrant son propos sur la tuerie dont furent victimes près de 300 civils, réfugiés sud-coréens, pris sous le feu zélé de l’armée américaine, et ce 4 jours durant.
Une fresque glaçante de la barbarie impérialiste et de la déshumanisation guerrière. La force de ce récit réside dans la justesse du ton employé par l’auteur et cette cassure qu’il a su instaurer. Après la sensation de froideur inhérente à des événements qui semblent éloignés lors de la première partie, le contraste avec ce qui suit est terrible. La puissance évocatrice des propos rapportés par les victimes ayant survécu est d’une force sans égale pour exprimer l’atrocité de l’instant, un instant qui se dilue sur quatre jours. Ce temps qui n’en finit plus d’être exploré dans ses moindres recoins par Park Kun-Woong, à tel point que le lecteur en arrive tôt ou tard à ressentir le besoin d’en sortir tant la nausée le prendra à la gorge, tant le procédé d’identification sera efficace et douloureux. Si le dessin conserve des traits fortement évocateurs, la colorisation en différents niveaux de gris évite le voyeurisme et permet au texte de toucher avec précision certaines cordes sensibles. Mais derrière ce premier rideau de douleurs, encore plus dures et profondes sont les décisions que ces damnés vont être amenés à prendre. L'illustration en noir et blanc est tout simplement magistrale. Le trait de Park Kun-woong est d'une simplicité redoutable, terriblement efficace et d'une grande expressivité. En Corée ses livres sont publiés par Sai Comics, petit éditeur dont l’approche éditorial peut s’apparenter à celle de l’Association en France.